Huile de palme au banc des accusés

Si vous n’avez jamais entendu parler de cette mal aimée, je vous apprend aujourd’hui que vous en consommez probablement plusieurs fois par semaine. Mets préparés ou congelés, croustilles, pâtisseries, margarines, tartinades de style Nutella, mayonnaise, biscuits, chocolat, pâtes à tarte… et j’en passe. L’huile végétale la plus consommée au monde, qui se retrouve non seulement dans notre alimentation, mais aussi parfois dans les cosmétiques et dans le biodiésel, est très controversée depuis quelques années. En effet, elle comble les industries qui s’en mettent plein les poches, mais cause aussi bien des maux de tête aux écologistes depuis que les méfaits qu’elle cause à l’environnement ont été exposés au grand jour. Tout d’abord, qu’est-ce que l’huile de palme? Son processus de production débute avec le palmier à huile, une plante cultivée principalement en Indonésie et en Malaisie, mais aussi en Amérique du Sud et en Afrique. Cette plante produit un fruit, duquel on retire la pulpe afin d’en extraire l’huile par pression à chaud, qui peut ensuite porter plusieurs noms dans la liste des ingrédients: huile de palme, huile de palmiste, acide palmique, Elaeis guineensis oil, palmitate d’ascorbyle, huile végétale (souvent mélangée avec d’autres huiles)… même combat! 

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Avantages

Pourquoi donc l’utiliser à toutes les sauces? Cette huile, contrairement à la plupart des autres, a une texture ferme à température pièce à cause de sa haute teneur en acides gras saturés, ce qui fait d’elle un trésor pour l’industrie des produits transformés. Qui voudrait une chocolatine juteuse, une margarine ou un Nutella liquide? L’huile de palme offre une consistance idéale qui fond dans la bouche; un remplacement du beurre ou encore des huiles hydrogénées, dans lesquelles on risque de retrouver des gras trans, bien connus pour leur effet néfaste sur la santé cardiovasculaire.

De plus, son faible coût de production la rend tellement attrayante qu’il est maintenant difficile de trouver une alternative qui soit aussi rentable, tant pour les communautés locales que les industries. En effet, le palmier à huile est une plante extrêmement efficace: son rendement par hectare (10 000 m²) est de 4 tonnes par année, soit huit fois plus élevé que le soja à 0,6 tonnes par hectare, et elle demande bien peu d’entretien grâce à sa robustesse. Aussi, pour les communautés locales, la culture de l’huile de palme est bien souvent une opportunité de se sortir de la pauvreté et d’atteindre un certain niveau de développement économique (eau potable, électricité, routes).

Bref, on peut dire que l’huile de palme a eu un impact alimentaire et socio-économique plutôt intéressant lors de son essor dans les vingt dernières années.

Désavantages

Maintenant, qu’est-ce qui cloche autant avec cette huile?

L’huile de palme n’est pas une option durable à cause de son impact environnemental considérable, principalement par la déforestation. En effet, sa production de plus de 50 millions de tonnes par année se fait au détriment de précieuses forêts vierges que l’on doit ruiner, et de plusieurs espèces en voie d’extinction qu’elles abritent (orang-outangs, éléphants, rhinocéros, oiseaux, reptiles) qui se voient perdre leur habitat naturel. Ces forêts tropicales humides, les plus diversifiées au monde, ne représentent que 1,3% de la surface terrestre… leur perte définitive au nom de la consommation humaine n’est absolument pas responsable.

De plus, les plantations de palmiers à huile contribuent à la production de gaz à effet de serre, par les émissions de carbone des feux de forêt et de tourbière quotidiens nécessaires à la déforestation. Étant donné que ce sont des plantes géantes et non des arbres, la captation du carbone produit qui pourrait aider à ce problème n’est pas aussi efficace qu’elle le serait à l’état naturel.

Finalement, malgré que le palmier à huile ait contribué à réduire la pauvreté rurale, le consentement éclairé des communautés locales et des peuples autochtones n’est pas toujours obtenu lors des décisions d’expansion et cela créé bien des conflits.

Solutions

L’industrie de l’huile de palme est un enjeu complexe et multifactoriel. Je pourrais vous donner une solution miracle telle que boycotter cette huile dès aujourd’hui au nom de la biodiversité, mais je ne ferais que remettre le problème ailleurs; les autres huiles végétales ont aussi leur lot d’aspects négatifs (OGM, pesticides, herbicides, etc.) en plus d’être moins efficaces en terme de rendement par hectare.

Depuis sa création en 2004, la Table ronde pour une huile de palme durable (RSPO) et ses membres de différents horizons (ONG, industrie, producteurs, investisseurs) proposent de se tourner vers une production plus responsable dans le futur. Depuis 2008, on peut trouver de l’huile de palme certifiée durable (CSPO, Certified Substainable Palm Oil) selon 8 principes et 39 critères (pour plus de détails, rendez-vous au http://www.rspo.org/certification). Ce n’est pas parfait, puisque ce n’est pas approuvé par un organisme indépendant, mais c’est un début.

Bref, simplement prendre conscience de l’ampleur du problème et porter plus attention au moment de lire les étiquettes de vos produits est déjà une étape importante. Acheter, c’est voter!

Chronique de Catherine Rousselle

Autres références

RIVAL Alain et LEVANG Patrice. «La palme des controverses – Palmier à huile et enjeux de développement», Éditions Quae, 2013, 98 pages.

Source images :
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2015/06/17/20002-20150617ARTFIG00167-de-quoi-l-huile-de-palme-est-elle-coupable.php

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