Mon stage en santé mentale

Couloirs sombres, murs souillés, chambres pour expériences secrètes, cris d’agonie et silence de mort en alternance et patients étranges, images préconçues d’un hôpital psychiatrique. Mes stages à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal (IUSMM, anciennement Hôpital Louis-Hippolyte-Lafontaine) m’ont permis de séparer le vrai du faux et d’améliorer ma capacité d’adaptation. Comme peu de gens auront la chance (oui, oui, la chance!) de visiter cet établissement, je vous partage mon expérience.

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Ancienne IUSMM, alors qu’elle s’appelait Maison Saint-Isidore en 1852

Pendant mon stage clinique en santé mentale, j’ai été en contact avec plusieurs clientèles différentes : celle de la clinique externe, d’une unité de troubles psychotiques en gériatrie, d’une unité de déficience intellectuelle et d’une unité de transition.

Un stage en santé mentale, c’est…

  1. Faire le deuil des notions théoriques

Essayez de compléter une évaluation nutritionnelle quand le patient a un temps d’attention limité ou quand il entend des voix. Tentez de faire dire à un patient narcissique ses points à améliorer. C’est aussi compliqué que ça en a l’air. La solution? S’armer de patience et faire preuve d’une grande empathie. J’ai souvent dû me répéter que je faisais tout ce que je pouvais, mais j’ai rarement été satisfaite de mes interventions, qui restaient parfois incomplètes.

  1. Faire semblant

Les usagers avec troubles de santé mentale rendent plusieurs personnes mal à l’aise. Ils sont parfois directs, manipulateurs, méfiants. Afin de gagner leur confiance et se faire respecter, il faut avoir confiance en soi. Il faut appliquer le fake it ‘til you make it (ou fais semblant jusqu’à ce que tu y arrives). Nous, les stagiaires et les nutritionnistes, sommes les experts en nutrition et les professionnels de la santé, ne jamais l’oublier!

  1. L’adaptation à un autre niveau

Lors de ma première semaine de stage clinique à l’IUSMM, je me suis rendue sur l’unité de déficience intellectuelle et troubles de santé mentale. Je suis arrivée dans la salle commune et plusieurs patients ont convergé vers moi. Une dame m’a touché le ventre. L’autre m’a pris (délicatement, mais quand même!) le bras. Qu’auriez-vous fait dans cette situation? Moi, j’ai figé. J’ai cessé de bouger, parler, même respirer. Ces femmes n’avaient aucune malice, je le sais maintenant, mais sur le coup, je me demandais bien ce qu’elles me voulaient. Par la suite, j’appréhendais mon retour à cette unité. Les souvenirs me hantaient la nuit. J’ai fini par y retourner et tout s’est bien passé. Je me suis rapidement habitué à cette clientèle singulière en la côtoyant.

  1. Plus difficile que tu penses

Quelques collègues et ma superviseur m’avaient prévenue de la difficulté que représente le stage en santé mentale, mais je me disais : « Il n’y a rien là! Je vais mieux m’adapter. » J’ai été la première surprise quand j’ai fondu en larmes après une consultation difficile. Le patient que j’évaluais avait commencé à se frapper alors que je me tenais près de lui. Les signes précurseurs m’avaient échappé, alors je ne m’y étais pas préparé. Je ne répèterai plus jamais cette erreur!

Soyez sans craintes, j’ai passé mon stage clinique sans aucune égratignure et aucun traumatisme. M’être adaptée à cette clientèle m’a mieux outillée pour mes stages ultérieurs et ma vie professionnelle.

Avec du recul, je sais que je n’oublierai jamais les moments que j’ai passés à l’IUSMM et les patients que j’y ai rencontrés. Ils m’ont agréablement surprise par leur conscience de soi et leur gentillesse. Par exemple, l’homme qui n’a pas collaboré pendant sa consultation avec moi a confié à ma superviseur de stage qu’il éprouvait de la culpabilité et qu’il voulait s’excuser. Aussi, quand je suis retournée à l’unité de gériatrie, un patient m’a reconnue et a gentiment demandé de mes nouvelles. Bref, il ne faut pas perdre de vue que, même si cette clientèle représente un défi, elle réserve de belles surprises.

Chronique de Maude Martinez

Crédits photo: ici et ici

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Une réflexion sur “Mon stage en santé mentale

  1. WW dit :

    Je vous félicite pour votre courage. Peu de gens auraient eu la bravoure de faire leur stage dans un hôpital psychiatrique et encore moins de gens auraient eu la franchise d’admettre leur méconnaissance de la réalité de cet environnement. Mais j’aimerais apporter quelques remarques. Je partage peut-être le point de vue d’une personne frustrée et désabusée, cependant je le fais en toute bonne foi. Ceci est mon point de vue et non pas celui de l’organisation Les Impatients.

    Dans votre premier paragraphe, vous mentionnez l’importance d’être empathique envers le patient afin de réussir à lui apporter une aide. Je crois que le mot empathie est bien mal choisi ici. L’erreur est d’ailleurs bien fréquente. Je crois que plusieurs personnes confondent leur désir d’apporter une aide à une personne touchée d’un mal que même la médecine peine à comprendre et la capacité de ressentir la souffrance de cette même personne. Je pense d’ailleurs que le cerveau humain est de façon inhérente « prorgrammé » pour ne pas ressentir la souffrance des autres ou peut-être d’une façon très limitée. Je pense que si vous aviez ressenti la souffrance des gens que vous avez côtoyés vous auriez perdu la raison. Aussi, nous vivons avec ce modèle selon lequel il est possible de s’accomplir à travers notre profession. En soi cette idée mériterait une longue réflexion. Appliquée au domaine de la santé, elle commande une profonde remise en question. D’ailleurs, dans votre conclusion, vous nous présentez cette problématique en disant : « […] cette clientèle représente un défi […] ». Suis-je l’objet de votre émancipation?

    J’ai aussi été frappé en lisant le début de votre deuxième paragraphe : « [les usagers avec troubles de santé mentale] sont parfois directs, manipulateurs, méfiants. Afin de gagner leur confiance et se faire respecter, il faut avoir confiance en soi. Il faut appliquer le « fake it ‘til you make it » […] ». La stratégie que vous proposez, à mon humble avis, en est une de manipulation. Ce n’est pas que vous qui êtes dupés par votre approche. Je vois mal comment on pourrait s’attendre à autre chose que de la méfiance de la part du patient. Je dois sûrement avoir une vision de la réalité par moment, voir souvent, complètement déformée. C’est une des problématiques auxquelles je dois m’attaquer. Pour m’aider à combattre ce mal, je tente de ne pas filtrer ce que je dis. De cette façon, un intervenant peut m’aider à percer le brouillard. Par exemple, dans les AA on demande aux alcooliques en toute première instance de reconnaitre qu’ils sont alcooliques. Si l’on nie le problème alors comment peut-on y remédier? Si l’on traçait le diagramme de Venn de la conscience, de l’intelligence, de l’esprit, des émotions, etc., on obtiendrait sûrement une tache brune et floue. Peut-être qu’on obtiendrait l’image d’un cerveau. La manipulation, la méfiance ou le fait d’être « direct » sont selon moi les symptômes ou le reflet d’un état beaucoup plus profond et très complexe sur lequel le patient en santé mentale n’a aucun contrôle. De supposer qu’il y ait une quelconque forme de volonté tapie sous ces manifestations me semble absurde. .

    En vous lisant, je vous imagine comme une personne douce et sensible. Votre désir de faire du bien aux gens autour de vous ne fait aucun doute. Je vous souhaite du plus profond de mon être de ne pas vous sentir attaqué par mes propos.

    W.

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