Les fruits et légumes moches

La beauté est relative. Elle repose sur une appréciation globale d’une chose quant à ses caractéristiques sensorielles et son harmonie avec la nature. Ainsi peut-on dire que certaines choses ont un aspect visuel plutôt déroutant tout en étant belles dans leur laideur. C’est le cas des fruits et légumes moches. Malgré leurs difformités, ce sont tout de même des produits issus de Mère Nature, sans différences d’un point de vue nutritionnel et gustatif.

D’où vient l’idée?

Une étude du Value Chain Management Centre a révélé en 2010 qu’environ 9% du gaspillage alimentaire se produit directement dans les champs et que les fruits et légumes jetés aux rebus représentent 18% du gaspillage alimentaire total au Canada. Pourquoi? Entre autres en raison du Règlement sur les fruits et légumes frais qui dicte les standards à respecter afin de pouvoir se retrouver sur le marché. Donc, seuls les fruits et légumes ayant la note de passage peuvent aspirer à se retrouver sur nos tablettes. Cet été, ce règlement a été abrogé, permettant l’introduction des fruits et légumes imparfaits dans les marchés d’alimentation.

Arguments

Pour :

  • Permet de réduire le gaspillage alimentaire
  • Favorise l’agriculture et le commerce local
  • On les paie environ 30% moins cher que les «normaux»
  • Ont les mêmes avantages nutritionnels que leurs jolis jumeaux et ont par-dessus tout le même goût!

En résumé, moins de pertes et plus d’argent dans nos poches.

Contre :

  • Dévalorisation des produits québécois
  • Pression élevée sur les producteurs

L’introduction des produits moches ne concerne que les produits québécois. Ainsi, certains craignent une dévalorisation des produits québécois puisqu’ils seraient disposés près des produits importés respectant les critères d’esthétisme (catégorie 1). Quoi qu’il en soit, la demande est relativement forte pour ces produits, ce qui engendre une crainte supplémentaire: une pression indue sur les producteurs. Les fruits et légumes moches ne représentent qu’au plus 20% de leur production globale et malgré le fait qu’ils soient vendus à prix réduit, ils ne coûtent pas moins cher à produire pour autant.

Ils le font déjà

Certains ont vu ici une occasion d’affaires en or. C’est le cas de l’entreprise québécoise Second Life qui offre une deuxième vie aux produits dont à l’origine personne ne voulait. Second Life consiste en une plateforme d’achat en ligne sous forme de paniers constitués notamment de produits moches, pouvant être distribués dans divers points de cueillette sur l’île de Montréal.

Certains marchés d’alimentation ont également emboîté le pas. Il y a entre autres IGA avec son programme Drôles de fruits et légumes et Loblaws/Provigo/Maxi et la marque sans nom(MD) Naturellement imparfait(MC).

Si vous vous dites que ces produits n’ont aucune utilité puisqu’ils risqueraient d’anéantir votre présentation dans l’assiette, détrompez-vous! Par exemple, utilisez une carotte à 4 pattes pour faire un potage ou encore un sublime gâteau aux carottes. Vous pouvez aussi carrément opter pour une présentation plus rustique…

Bref, je suis convaincu que nous serons à même de constater l’appréciation grandissante des Québécois pour ces produits et une réduction du gaspillage d’ici quelques années.

 

 

Article de Marc-André Frenette

 

 

Références:
  1. Cadieux, A. (2015). Second Life : un site de e-commerce québécois dédié aux légumes moches. Repéré à : https://novae.ca/2015/06/seconde-life-un-site-de-e-commerce-quebecois-dedie-aux-legumes-moches/
  2. Destiné, V. (2016, 26 juillet). Québéc revoit la loi pour élargir la vente des fruits et légumes «moches». Repéré à : http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/794913/legumes-moches-abrogation-reglement-vente-epicerie-industrie-agroalimentaire-inquietude-choix-consommateurs
  3. Gaudreau, V. (2016, 27 juillet). Valoriser les «moches», oui, mais… Repéré à : http://www.lapresse.ca/le-soleil/affaires/agro-alimentaire/201607/27/01-5005040-valoriser-les-moches-oui-mais.php
  4. Guelph Food Waster Research Project. (2016). California company delivers boxes of discounted “ugly” produce to your door. Repéré à : https://guelphfoodwaste.com/2016/09/27/california-company-delivers-boxes-of-discounted-ugly-produce-to-your-door/
  5. Règlement sur les fruits et légumes frais, RLRQ, c. P-29, r.3.
  6. Value Chain Management Center. (2010). Food waste in Canada. Repéré à : http://vcm-international.com/wp-content/uploads/2014/01/Food-Waste-in-Canada-November-2010.pdf
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